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Silly and Everything

Tranches de vie, peps et légèreté

J'ai peur du coiffeur

J'ai peur du coiffeur

Dubai, un samedi après-midi. Dans un état de semi flottement, vestige d’une bonne soirée entre amis, d’un coucher un peu (trop) tardif, il est pourtant temps de se préparer à la reprise des semaines toujours intenses. C’est le moment pour beaucoup de femmes de s’accorder le petit plaisir de la semaine : un combo massage du cuir chevelu - brushing - manucure/pédicure. Une parenthèse de pur bonheur, un instant rien qu’à nous. On y rentre avec le cheveu terne et des cernes un peu trop marquées. On en ressort sur un petit nuage avec une chevelure de déesse et des ongles dessinés à la perfection. Toujours souriantes mais aussi discrètes, de leurs mains expertes, les professionnelles de la beauté ont exercé leur magie. 

 

J’attends toujours ce moment avec grande impatience. Mais ce ne fut pas toujours le cas. 

Je ne sais pas vous, mais en France, le coiffeur, ça me fait peur. Plus particulièrement le coiffeur branché. 

Il y a toujours ce moment dans notre vie où, mues par un soudain grain de folie, nous nous disons “et si je changeais de tête ??”

 

On se renseigne et on sélectionne le coiffeur en vogue de notre quartier. Si je cible haut (et donc cher), il va savoir comment me transformer et à coup sûr illuminer ma beauté cachée derrière la masse informe que constitue ma chevelure indomptable. 

 

On prend son courage à deux mains et le rendez-vous est pris. 

En général, ça commence sur le seuil. J’arrive devant la devanture, déjà j’ose à peine rentrer. Reliques d’une timidité maladive passée ? Peut-être. Mais dès le seuil de son salon, le coiffeur branché te prévient qu’il n’accueillera que les fashionistas ou toute autre personne extravertie qui s’adaptera à son environnement. Musique électronique toujours un peu trop forte, le lieu inspire rarement la détente.

 

On rentre. On est (à peine) accueilli. 

Et là commence une espèce de parcours du combattant. C’est “you fit in” ou je ne vous accorderai pas l’once d’une attention. 

On s’assoit. La consultation peut commencer. 

 

“Je veux quelque chose de différent. J’en ai marre de ma tête.”

Sans un mot, et souvent du bout de ses doigts délicats (ou dégouttés ??), le coiffeur branché soulève quelques mèches. Il fait le tour de notre tête, re-soulève d’autres mèches. On attend. On frétille d’impatience. On se voit déjà ressortir avec THE coupe qui soulèvera des “waouh ! Mais ça te va trop bien” et des “mais tou es souperbe, ma chérie”. Et c’est là que le verdict tombe. 

“Vous avez les cheveux bouclés et en plus, ils moussent. Je ne peux pas non plus faire des miracles.”

[Comment ça, on ne peut rien faire avec mes cheveux ?? Ça mousse ??]

Alors que les rêves de lancer la prochaine tendance capillaire s’évanouissent lentement, le coiffeur lance un “on va commencer par couper les pointes, on aura peut-être une chance de redonner un peu de ressort à vos boucles. Ça vous coûtera 500 euros parce que, vous comprenez madame, je suis styliste senior.” 

 

“Euh oui ok [gloups quand même, mais surtout, ne rien oser dire. Comme tout artiste qui se respecte, le styliste senior est susceptible et ça serait bête de se taper la honte en se faisant sortir du salon à coups de balais ramasse-cheveux].

 

Bon, et sinon, j’avais envie de devenir blonde”.

 

Je ne sais pas si c’est l’expression de choc sur son visage ou les paroles qu’il a ensuite prononcées qui ont définitivement effacé la confiance en moi que j’avais rassemblée pour entrer dans son antre. Toujours est-il que sa réponse est restée tout à fait en ligne avec le début de son discours.

 

« Non mais Madame, on ne devient pas blonde comme ça, en une heure [=elle n’y connait vraiment rien, la grognasse]. En plus, c’est quoi cette couleur maronnasse que vous avez, là ? Vous l’avez faite vous-même ? »

« Euh ben oui, pourquoi ?»

« Ah ben voilà ! Ah ben ça ne m’étonne pas. Bon, ben moi je ne suis pas magicien ! Mais si vous voulez devenir blonde, on va voir ce qu’on peut faire. » [soupir d’agacement du coiffeur branché]

 

A ce stade, je me fais toute petite sur mon siège et n’ose plus bouger un cheveu mousseux.

Pendant une heure, il s’affaire sur ma tête en y posant des couches et des couches de produits différents, ça sent fort l’ammoniac, Au bout d’une heure, je suis prête pour la parade d’Halloween avec 4 rouleaux d’alu comme couvre-chef.

Le timer est mis en route, puis sonne au bout d’interminables minutes d’attente. Personne ne vient, j’attends encore. Puis je demande « c’est pas l’heure de passer au bac ? ». « Oui, c’est bon j’arrive, elle est pressée la dame ! ». Je crois que j’ai interrompu une séance de ragotage. Il m’en veut. Dangereux comme position.

 

Alors au bac, pour moi c’est l’angoisse aussi. J’entends parler derrière moi

« Excusez-moi, je ne vous ai pas entendu [avec le robinet/douche dans les oreilles] »

« Ah mais je ne vous parlais pas à vous »

[moment de solitude]

« Excusez-moi, l’eau est brûlante maintenant »

« Non mais je n’ai rien changé moi ! »[le coiffeur branché a toujours raison, inutile de chercher à le contredire]

 

Le reste se déroulera de manière très classique.

 

Je ressortirai les cheveux orange [ah non, mais c’est normal madame, il faut revenir maintenant], avec 15 centimètres de pointes coupées mais toujours la même coupe [le coiffeur en général a toujours une notion très approximative de la notion de pointe] et le portefeuille bien léger.

 

Vite un Monop’. J’attrape une boite de Movida et un foulard et rentre chez moi.

 

Finalement, je crois que le maronasse me va plutôt bien. Non mais !

 

#MaronnasseIsTheNewBlack

 

 

 

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